jeudi 17 janvier 2008

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Surproduction ou reproduction ?
Décidément, la thématique de la surproduction est de mise en ce moment. C’est peut être que ce phénomène génère avec lui, un nombre de conséquences plus importantes qu’il n’y paraît. Sans parler du travail des libraires qui se trouve, face à cette masse à gérer au quotidien, devant de nouveaux défis comme celui du choix des albums à mettre en avant mais aussi du temps qui sera accordé à tel ou tel livre avant d’être sortie des étalages et de la manutention qu’entraîne ce rythme de turn-over incroyable, je vais plutôt me pencher ici sur un autre des nombreux aspects de cette surproduction ou du moins de cette production massive.
En effet depuis quelques temps, la blogosphére prend le pas sur le quotidien de tout bon internaute. Intégrés dans les quotidiens nationaux et régionaux, on retrouve blogueurs et blogueuses jusque sur les plateaux de télévision.
Pour le petit monde de la bande dessinée, le blog a été un formidable vecteur de diffusion pour des centaines d’anonymes. Moyen de se faire connaître sans avoir à recourir aux inévitables dossiers envoyés aux maisons d’éditions et qui restent trop souvent sans réponses, cette fenêtre ouverte sur les ateliers personnels de jeunes artistes remplit son rôle à plein.
Fournisseurs de nouveaux talents, utilisant les capacités rapides de diffusions de l’information qu’offre le monde numérique, le fameux buzzz, et la possibilité de se couler dans un réseaux, le web a vu naître et grandir une nouvelle génération de dessinateurs.
Seulement voilà. Si cette forme de support offre de nombreux avantages, il demeure un problème qu’elle va avoir du mal à supplanter : celui de la caisse. Autrement dit, comment en ayant la reconnaissance d’un certain public - parfois plusieurs milliers de personnes suivent les évolutions d’un blog - réussir à vivre en faisant rentrer de l’argent ? Car si le blog est visible par tous, il ne se vend pas et par conséquent ne rapporte rien d’autre que de la notoriété. Et si celle-ci est agréable, il faut bien reconnaître qu’il est assez difficile au quotidien, de payer ses factures avec.
La seule solution pour tous ces nouveaux talents reste donc d’intégrer le circuit traditionnel, détenteur des cordons de la bourse et par la même d’un plus large circuit de diffusion. Mais la vrai question maintenant est de savoir si il est réellement nécessaire une fois ledit circuit intégré, de reproduire le blog sur le papier ? Une œuvre créée pour un certain type de support, supporte généralement assez mal le changement et l’adaptation à une nouvelle forme. Mais après tout, on réédite bien sans cesse certains albums alors pourquoi ne pas franchir le pas avec ceux là ?
Personnellement j’aurai tendance à préférer qu’on laisse l’œuvre numérique là où elle se trouve et que l’on offre plutôt au nouveau promu, une chance de s’exprimer sur le papier. Ceci pour deux raisons.
La première c’est que créer pour le virtuel, pourquoi vouloir absolument en faire un livre dans le réel ? Un encart sur le futur album de l’auteur suffirait à signaler l’existence du blog et entraînerait irrémédiablement les curieux à aller y jeter un œil, lui laissant ainsi sa dynamique de découverte.
La seconde raison de ma préférence à laisser le blog là où il se trouve est que, gratuit dans un premier temps, il faudrait payer par la suite mais pour quoi exactement ? Le posséder ? Le plaisir de la saisir entre ses mains ? Le plaisir de la lecture ne suffit il pas ?
Matérialiser une oeuvre numérique n’est à mon sens, ni une priorité, ni même une nécessité. En revanche peut être existe-t-il une réalité économique dont je ne serais pas au fait et qui serait la réelle motivation de tout cela… Évidement ces reproductions ne sont pas les seules responsables de la surproduction et font encore figures d’anecdotes face à la production massive du moment. Mais peut être que ces reproductions pas forcément essentielles feraient mieux de laisser leur place à un véritable travail de création, plus propice à valoriser cette génération montante.

2 commentaires:

Elouarn a dit…

Et que penses-tu de la reproduction en album des histoires parues en journaux, par essence jetables et temporels ??

C'est juste le media qui change. Et c'est vrai quand quand j'ai aimé, je souhaite l'avoir près de moi, pour le regarder, le reregarder, le preter... J'aime l'objet (je rêve d'avoir une première édition Lombard avec dos à damier !), l'odeur des pages, la douceur de mon canapé.

Philéas a dit…

L'avantage des reproductions en album des histoires parues en journaux, c'est qu'on passe d'un support papier à un support papier. A ce propos se sont souvent des histoires qui datent. Un certain temps c'est écoulé entre leur parution premiére et leur réédition.
Maintenant je ne dis pas que ce qui est numérique DOIT nécéssairement rester numérqiue, je dis que ce qui était publié une fois, en libre accés, il n'est peut être pas nécéssaire de le rééditer immédiatement sur le papier. D'autant en ces temps de productions abondantes. Pourquoi ne pas attendre un peu pour la réédition (qui viendra forcément si l'auteur a du succés) et ne pas laisser s'exprimer l'auteur sur la base papier puisque si justement il est repéré et contacté par une maison d'édition c'est pour jouer sur ce terrain là.